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Baños et la boucle de Quilotoa

De Vilcabamba, je continue ma remontée vers le nord et me rapproche de la région de Quito. Je m’arrête une journée à Baños, étape incontournable pour les backpackers de passage, connue pour ses activités de sensations fortes. Je choisirai de faire un tour en VTT sur la Route des Cascades et de visiter la fameuse Casa del Arból et sa “balançoire au bout du monde”. Et je me lancerai dans un trek de trois jours sur la boucle de Quilotoa, près de Latacunga, passant par les superbes paysages du canyon de Toachi, et se terminant en apothéose au lac de cratère de Quilotoa.

Je quitte Vilcabamba le jeudi 12 novembre en bus de nuit. J’arrive le lendemain matin à 5h à Ambato, située trois heures au sud de Quito. Le bus me dépose sur le bord de la “panamerica”. Je prends un taxi pour le terminal de bus et monte dans un bus pour Baños, à une heure et demi d’Ambato. J’arrive au lever du jour à Baños, décidé à visiter les environs dans la journée, avant de reprendre la route le soir pour Latacunga à deux heures d’ici.

Je dépose mon gros sac à dos dans une agence du terminal de bus et je vais prendre un bon petit dej’ dans une boulangerie près de la place des armes. Je loue ensuite un VTT pour la journée dans une agence et me fait déposer en taxi à la Casa del Arból sur les hauteurs au dessus de Baños, à 2660 m. Situé juste en face du volcan Tungurahua, c’est l’endroit parfait pour l’observer de près. Hélas, lorsque j’arrive, il est dans les nuages. Comme toujours, ces nuages confèrent une ambiance un peu mystique aux lieux, ce qui ne me déplait pas, bien au contraire ! J’entends des tremblements et des explosions qui proviennent du volcan, qui est actuellement en irruption parait-il (sans danger car il n’y aurait pas de coulée de lave).

Au pied de la Casa del Arból (littéralement “la maison dans l’arbre”) se trouvent deux balançoires, fixées sur les branches de l’arbre. On les appelle “swings at the end of the world” ou les balançoires au bout du monde, car elles se jettent dans le vide. Bon je ne cache pas qu’il s’agit plus d’un effet visuel, et que c’est plus impressionnant sur les photos que ça l’est en réel. Mais l’idée de se balancer au dessus du vide est plutôt sympa…

Le top du top c’est la redescente en VTT jusqu’en bas du canyon. Plus de 1000 m de dénivelé négatif. Voilà qui m’a rappelé un bout de la Route de la Mort en Bolivie, avec le froid en moins ! Smile with tongue out Et une fois dans le canyon, c’est plus de 20 kms que je parcourrai en vélo sur la Route des Cascades, longeant le défilé et jalonnée de cascades de toute taille. Les vues sont superbes, les chutes très jolies et surtout les paysages montagneux autour du canyon sont à couper le souffle. Le temps est humide, parfois pluvieux. A mi-chemin, je suis pris dans une averse assez violente ; des trombes d’eau tombent d’un seul coup. Je resterai 30 à 45 minutes abrité sous un bout de toit à l’entrée d’une maison en construction, avant de reprendre ma route.

Le clou de la visite : la chute du Pailón del Diablo, à la fin de la Route des Cascades. Deux chemins permettent de la voir sur des angles différents. Le premier m’a permis de m’en approcher de très près et de passer littéralement derrière la chute, repartant entièrement trempé. L’autre passe au dessus grâce à des ponts suspendus et donnent une jolie vue de face. Ce n’est pas Iguazu ou Vic Falls, mais ça reste impressionnant de voir le débit d’eau qui se jette de la cascade…

Content de ma balade en vélo, je monte à l’arrière d’un camion avec mon vélo pour rentrer jusqu’à Baños et je repars pour Latacunga après avoir récupéré mon sac. Sur le chemin du retour, je m’aperçois que le ciel s’est dégagé et que je peux voir le volcan Tungurahua très clairement. Et il est en irruption en effet ! Une quantité hallucinante de cendre s’échappe de son cratère et est transporté par les vents au sud. Un spectacle splendide, qui est une première pour moi ! J’en entendrai même parler aux informations à la TV les jours suivants, car cette irruption est apparemment exceptionnelle.

On me dépose à nouveau sur le bord de la panamerica deux heures plus tard, à quelques kilomètres de Latacunga. Je dois dire que je trouve ça un peu étrange de déposer des gens sur le bord d’une autoroute (4×2 voies)… Des taxis attendent à cet endroit et pratiquent des prix ridiculement élevés. Mais il fait nuit et je me vois mal marcher les quelques kilomètres sous la pluie dans le noir au bord de l’autoroute, dans cette ville qui n’a rien d’être safe… Je prends donc un taxi jusqu’à mon auberge.

En sortant du bus, Djamal m’apprend que Paris vient de subir de lourdes attaques terroristes en six endroits, et qu’une prise d’otage est en cours au Bataclan. Sous le choc, je passerai les heures suivantes à essayer d’avoir des nouvelles par les médias français. Je suis écœuré, révolté, attristé. Je vais me coucher le moral dans les chaussettes, après avoir appris le bilan du carnage au Bataclan qui dépasse la centaine de morts.

Je dois dire que vivre ces évènements loin de la France est terrible. Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement nationaliste, je ne considère pas que le peuple français est au dessus du monde, mais je suis forcément touché qu’un tel évènement se produise à Paris. Je me sens interpelé, visé, agressé. Et je pense aux victimes, à ces jeunes de sortie un vendredi soir entre amis, que l’on a tué au nom de quoi ? Au nom d’une idéologie répugnante. C’est con à dire mais j’ai des fois honte de faire partie de cette espèce humaine, jamais à court d’idées pour s’entretuer, pour se détester, pour se discriminer. Et j’en veux à ces terroristes, nourris par la haine, qui parviennent à réveiller en nous aussi de la haine, de la haine pour eux. Ils donnent du charbon à ces esprits toujours prêts à attiser le feu de la haine pour quelqu’un, pour un peuple, pour une idéologie, et justifier encore de nouvelles croisades ou des guerres aux quatre coins du monde. Et pour ce faire, on monte les uns contre les autres, on déforme, on amalgame. N’arrivera-t-on jamais à s’accepter et à s’entendre ?

Le lendemain, samedi 14 novembre, je me réveille, l’esprit ailleurs. Des attentats il y a tous les jours, mais là c’est si près. J’essaie de bloquer tout ça de mon esprit, de penser à autre chose, de me recentrer sur mon voyage. Le hasard veut que je pars justement en trek ce jour pour trois jours sur la boucle de Quilotoa, à 2 heures de Latacunga. L’occasion de prendre un peu de distance par rapport à tout ça, et m’évader dans la nature en solitaire.

La randonnée dure trois jours et relie quatre villages entre eux : Sigchos, Isinvilí, Chugchillán et Quilotoa, l’attraction principale étant le lac de Quilotoa, situé dans le cratère du volcan du même nom. La nuit, je peux dormir dans des auberges dans chaque village, qui proposent diner et petit-déjeuner, et vendent de quoi déjeuner pendant le trek. Pas besoin donc d’emporter beaucoup d’équipement…

Je prends un bus pour Sigchos, le point de départ de ma randonnée, vers 10h du matin. Deux heures plus tard, je suis prêt à commencer le trek. Je le ferai seul ces trois jours. Je n’ai pas particulièrement cherché à trouver des compagnons de rando ; au contraire, je préfère être seul les jours à venir pour mieux profiter des paysages et me ressourcer un peu.

De Sigchos, je rejoins donc le village d’Isinvilí, à 2900 m et à 17 kms de marche. Je mettrai un peu plus de 4h pour arriver à destination. L’hôtel où j’ai passé la nuit à Latacunga m’a donné des indications pour les trois jours à venir et je dois dire qu’elles sont très précises. C’est un vrai petit jeu de piste pour trouver le chemin, l’itinéraire faisant passer par de nombreux petits sentiers coupant à travers la montagne, et qui seraient impossible de trouver sans les différents points de repère décrits dans le guide. L’essentiel de la marche du jour consiste en de la descente jusqu’au fond du canyon pour traverser la rivière et une heure de montée jusqu’à Isinvilí, sur l’autre versant du canyon.

Je trouve une auberge avec une très jolie vue sur la vallée et je me repose le reste de l’après-midi. Je suis chouchouté jusqu’au lendemain matin, étant le seul touriste à rester dans cette auberge ce soir-là. Je reprends ma rando en début de matinée, après un copieux petit déjeuner. Je commence par de la descente à nouveau, pour rejoindre la rivière en contre-bas et je la longe plus d’une heure, avant d’entamer une nouvelle montée éreintante jusqu’au village de Chugchillán à 3200 m.

Les paysages du canyon de Toachi sont superbes. Je suis vraiment tout seul tout le chemin. Je croise de temps en temps quelques paysans qui travaillent la terre. Les locaux sont toujours en tenue traditionnelle et souriants en me voyant. Cela doit les faire marrer de voir des touristes dans ces régions. Le jour du départ, alors que j’achetais une bouteille d’eau dans une boutique, j’ai surpris les clients quand je leur ai dis que j’allais jusqu’à Quilotoa à pied, à plus de 50 kms de là.

J’arrive à Chugchillán en début d’après-midi, après 19 kms de marche. Je passerai le reste de la journée à me reposer dans un hammac. La belle vie quoi ! Le lendemain, c’est une grosse journée de marche qui m’attend. De Chugchillán, je rejoins le cratère de Quilotoa en redescendant à nouveau au fond du canyon pour remonter de l’autre côté jusqu’au volcan. Plus de 700 m de dénivelé et une douzaine de kilomètres que je parcourrai en 4h. Arrivé sur le bord du cratère, je m’engage sur la randonnée qui fait le tour du cratère jusqu’au village de Quilotoa. Officiellement, il faut 4-5 heures pour en faire le tour. Le chemin est une série de montée-descente sur les nombreux pics qui forment le contour du cratère.

Le lac est de toute beauté. Je me régale des paysages. Arriver au bord du cratère après ces trois jours de marche est une jolie récompense. La rando du tour du cratère est particulièrement éreintante, mais elle vaut le détour ! Le temps est très changeant alors que je marche autour du lac, tantôt le soleil tape fortement, tantôt le cratère est sous un épais manteau de nuage. J’arrive à mi-chemin au sommet du point culminant du volcan, à plus de 3900 mètres. Marcher à cette altitude n’est pas facile, mais je me surprends à marcher à un rythme assez rapide ; ces deux derniers mois en haute altitude à faire beaucoup de randonnée m’ont clairement fait du bien ! Je ferai le tour en 3h45, ce qui fait presque 8h de marche aujourd’hui et un dénivelé positif qui dépasse les 1000 m.

Petite mésaventure : à mi-chemin, alors que je montais au sommet d’un pic, je me suis fait accueillir par une horde de quatre chiens en furie, dans un concert d’aboiements d’un quart d’heure. Arrivé au sommet, un chien se jette sur moi et me mord la jambe en passant. Lorsque je lève les yeux, je vois deux paysans, vraisemblablement les maitres des chiens, qui n’ont pas bougé d’un centimètre, pour appeler leurs chiens qui agressent un passant. Consternant de voir qu’ils ne me demandent même pas comment je vais alors qu’un de leurs chiens vient de me mordre… La blessure est légère heureusement et je peux poursuivre la marche. Mais je ne suis pas clairement pas rassuré, ne sachant pas ce que m’a transmis ce chien…

Vu qu’il n’y a pas de médecin sur Quilotoa, je dois attendre d’être de retour à la civilisation pour consulter. Le lendemain, je me réveille avec la peur d’avoir chopé la rage, contre laquelle je ne suis pas vacciné. Je prends le premier transport pour Latacunga avec l’intention de voir un médecin au plus vite. Je trouve une clinique et voit un médecin. Ce dernier me redirige vers le “centre de santé” de la ville, apparemment seule endroit qui délivre les vaccins anti-rabiques. J’en profite pour lui montrer à nouveau mes plaques de boutons rouges qui couvrent toujours mon corps depuis quatre semaines. Il ne croit pas du tout en l’intoxication alimentaire diagnostiquée par les deux précédents médecins et me dit en quelques secondes qu’il pense que j’ai contracté le “pityriasis rosé”, une maladie de la peau rare mais bénigne qui disparait sans traitement après six semaines… Elle serait transmise par un virus mais ne serait pas contagieuse. Voilà qui semble encourageant… Au centre de santé, je vois un autre médecin qui me prescrit des antibios pour la morsure mais, vu que la blessure est superficielle, ne juge pas utile de faire la vacination anti-rabique. Au moins, je suis fixé !

La randonnée sur la boucle de Quilotoa m’a fait beaucoup de bien. J’ai vraiment réussi à me vider l’esprit de toutes ces horreurs, et cela m’a permis de ne pas céder à la terreur. De retour à l’auberge où j’avais déposé mon gros sac à dos, je récupère mon bagage et prends la direction de Quito en bus pour la suite des aventures.

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